Je ne pars pas pendant l'été. D'une part parce que toute l'année je cours et sillonne les horizons les plus divers. D'autre part à cause mon potager. Il requiert, justement, à cette période une attention particulière. Et, il est pour moi hors de question d'être infidèle à mes courgettes, tomates, aubergines et haricots. J'oubliais les salades : la blonde du Cazard, la reine des glaces, l'insoumise de Pierre Bénite. S'en éloigner ? et la vie n'a plus la même saveur ! Alors, ces mois d'été sont une prédilection pour cultiver la fraternité ! Comment ? Mais, justement, en incitant les papilles des amis à se réjouir. Et, leurs pupilles se dilatant au fur et à mesure que se vident les flacons d'élixir de la treille, la discussion devient aisée, souple, fluide, levée de toute inhibition protocolaire et bourgeoise. Et lorsque l'excitation des papilles se féconde à l'excitation des neurones, alors le bonheur n'est pas loin. Et, justement, c'est le bonheur que je voulais évoquer dans cet éditorial. Au cours de ces agapes estivales dont je viens d'évoquer le fumet, un ami s'interrogeait, un peu découragé, il faut le dire, sur sa pratique de développeur territorial. "On veut développer notre territoire, mais, souvent, on a l'impression que les édiles locaux résistent, font barrage et que la population ne suit pas !"
Développer un territoire mais qu'est-ce que cela veut dire aujourd'hui dans notre contexte de pillage éhonté des ressources de la planète ? Pour répondre à cette interrogation, une abricotine, boisson sublime, distillée par nos amis suisses, s'impose. Plutôt que de penser toujours plus d'avoir, ne serait-il pas urgent de penser toujours plus d'être. Car le bonheur est-il d'avoir ou d'être ? Et si au lieu de mesurer le développement à l'aune de la seule richesse économique on le mesurait avec d'autres indicateurs : plus de lien social, inter-générationnel, plus de prise en charge sociétale des personnes âgées, plus de qualité environnementale, plus d'accès à la culture et à l'éducation, plus de prévention en matière de santé publique...etc. Bref, si nous repensions totalement notre modèle de développement avec un seul objectif : la production de plus de bonheur individuel et collectif. Là une deuxième, voire une troisième rasade d'abricotine s'impose ! La lune est pleine, les étoiles brillent, l'imagination revient enfin au pouvoir et décolonise nos vieux schémas de pensée. Des ivrognes utopistes ? Pas uniquement ! "En 1972 le roi du Bhoutan (pays considéré comme sous-développé) a tenté d'imposer la notion de 'Bonheur National Brut" à son peuple par opposition au traditionnel "Produit National Brut" qui présentait sans doute à ses yeux l'inconvénient de ne considérer que la richesse matérielle d'un pays. (...) la suite est ici
Il va être temps de se quitter, l'air embaume les senteurs de l'été d'un bonheur, même fugace, partagé. On convient évidemment de se revoir, car imaginer le développement d'un territoire pour accroître son indice de Bonheur Local Brut est une ambition qui méritera de nombreuses libations.
